Recherche de femmes responsables

 Suite des 2 catégories :
Les Soeurs au Tchad
La mission des Soeurs à Léré

Voici maintenant : Les Soeurs en mission à Léré 

Recherche de femmes responsables

Après notre entrevue avec M. Patalé et la décision prise,
une première étape est de déceler,
dans tous les quartiers, des femmes qui soient suffisamment
en amitié et relation avec leurs voisines
pour y être « ouvertes » ; de plus, qu’el­les connaissent un peu de français,
calcul et couture (pour une assimilation plus rapide et une meilleure responsabilité).
Nous avons choisi d’aller – de case en case -, passant ainsi
par les « connaissances » des plus pauvres,
pour découvrir : Pauline, Jacqueline, Martine et Christine, femmes de moniteurs.
Marie-Made­leine, femme de douanier, Rachel, femme de gendarme.


Bientôt, la nouvelle d’un proche démarrage,
enregistrée à « Radio-Brousse », fait le tour du pays.
Alors, viennent s’offrir : Ma-fourmi, ancienne élève du C.M.,
Djouma, fille du vétérinaire ;


et Abdel Kérem, infirmier, nous présente Kalé, sa femme,
pour qu’elle de­vienne « Responsable ».
Et voilà notre équipe, de toutes races : moundang, n’gam-baye, sara, arabe
et de toutes religions : animiste, protestante, catholique, musulmane.

Organisation et formation

C’est à, chacune de ces femmes qu’il importe,
maintenant, de « rassembler » ses voisines.
Pour les unes, c’est spontané : Jacqueline a beaucoup de relations.
Mais Pauline, plus timide, a besoin d’être épaulée.
Alors, c’est pour nous l’occa­sion de connaître tous les groupes,
allant rejoindre chaque femme dans son milieu familial, et la saisir de plus près.
Pour quelques-unes de ces femmes, cela répond à des besoins :
– habiller leurs enfants à peu de frais ;
– apprendre du nouveau – devenir « capables » d’autre chose
que l’habituelle préparation des repas ou la culture traditionnelle ;
– accéder à un travail qui, dans la région, est plutôt réservé aux hommes (tailleurs) ;
– se rencontrer pour un travail commun ; etc…

 

C’est alors qu’il va falloir « s’organiser » :
que chaque femme verse à sa responsable
les 50 F. CFA (=1 F.) nécessaires à l’achat en commun du tissu – du fil – des aiguilles !
Combien de fois, les responsables se sont heurtées au refrain :
« Sungu këka = pas d’argent » !
Aussi, dans les premières réunions, nous cherchons le pour­quoi :

C’est le mari qui détient l’argent de la famille.
C’est lui qui achète les vêtements,
même ceux de sa femme et de ses enfants ;
La femme est trop souvent jugée incapable de gérer des affaires
(lui en a-t-on jamais laissé des expériences à faire ?…)
La femme est chargée plus spécifiquement de la nourriture.
Pour acheter du sel, elle vend des arachides, etc…
pour se procurer l’argent nécessaire.

Mais celles qui ont pu donner 50 F, comment ont-elles fait ? C’est :
qu’elles ont parlé avec leur mari (signe très net d’un pas en avant) ;
qu’elles ont été convaincues par le dialogue avec les responsables,
ou tentées par les expériences dont elles ont entendu parler ;
qu’elles ont vraiment le désir d’apprendre,
ce qui les fait dépasser les coutumes et les habitudes ;
qu’elles ont foi en ce démarrage et font confiance….

 

Un autre petit exemple nous confirme dans notre ligne directrice :
ne rien donner, les faire s’organiser… pour qu’elles grandissent.

Rébecca désire beaucoup venir à la couture pour habiller sa petite Brigitte.
Elle chemine avec son mari, puis elle décide d’aller chercher un fagot
et de le ven­dre au marché pour avoir 50 F.
Dans l’intervalle, quelqu’un lui donne un vêtement. Crac !
Rébecca a trouvé ce qu’elle désirait. Son bel élan est stoppé.
Elle a reçu passivement
(ou pour un tout petit travail ne correspondant pas à la valeur de l’objet).
Ou bien, elle aurait pu apprendre à se « débrouiller » pour cette fois
– et pour toute sa vie.

Rachel, au contraire, comme plusieurs des responsables, s’épanouit.
Le tra­vail de ces femmes leur demande d’être attentives aux voisines,
de savoir attendre parfois, aussi, de stimuler les inerties.
Plusieurs responsables apportent, d’elles-mêmes,
le tissu nécessaire pour apprendre du nouveau,
sans avoir besoin de « se sociéter » (comme elles disent), comme au début.
C’est ainsi que, trois matinées par semaine,
elles se retrouvent à la Mission
avec les femmes des moniteurs de l’école
qui apprennent les mêmes choses : cale­çons, brassières, petites robes, etc…,
pour montrer ensuite aux C.E. et C.M.

 

A la « Coton-Tchad » (cité ouvrière, tchadienne depuis le 15 novembre),
le dé­marrage est un peu plus difficile, car il y a beaucoup de femmes
qui ont connu l’an­cien régime où l’on payait après réalisation.
Il nous faut donc remonter à contre-courant
et expliquer beaucoup avant d’être comprise – un peu.

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